2120
2120 South Michigan avenue aurait pu être leur nom, mais déjà utilisé par les Rolling Stones, adresse du mythique studio du label Chess, pour un de leur morceau en 1964.
Le trio québécois n’a donc gardé que « 2120 », à prononcer au choix à l’anglaise ou à la française, plus simple pour le référencement ou sur une affiche de festival…
Car le maître mot du trio est le live, comme « vivre » . Vivre la musique jusqu’au bout des doigts, la rendre charnelle, et puis « la rendre belle en maudit » comme on dit dans la Belle Province. Offrir de la joie.
Retour en arrière à Sherbrooke, les frères Maxime et Gabriel Blackburn, encore mineurs, biberonnés de musiques (Chicago blues, pop psychédélique, Philly soul, British invasion, Chicago soul et jazz modal) peaufinent leur futur d’orfèvres du son. L’un aux claviers, l’autre à la guitare, les deux exigeants et amoureux de la belle note, créent le groupe mais mettent du temps à trouver leur Mick J chanteur capable de sensualiser leurs compositions et paroles venues d’une autre époque qu’ils ont fait leur. Et soudain arrive Billy St. Onge (pas besoin de trouver un pseudo avec un nom qui sonne déjà rock star…). L’histoire ne dit pas s’il avait déjà ses lunettes fumées jaunes, mais sans doute déjà cette attitude entre air rêveur et énergie brute.
Suite à leur déménagement à Montréal, l’histoire se concrétise avec un premier album intitulé 2120 in Spectacular Physical Health, réalisé avec la complicité de Jace Lasek connu pour son travail avec Arcade Fire. Un vol transatlantique plus tard, ils se retrouvent un soir au Sub Pigalle (club ô combien rock de Paris) et font… salle comble. La romance entre Paris et 2120 débute là sur un trottoir où le public distille, commente avec eux les titres du concert. Les références musicales volent, ils sentent qu’on parle la même langue qu’eux…
Dans la salle ce soir-là, se trouve le musicien, compositeur, producteur Marc Colin, l’âme de Nouvelle Vague, qui leur lâche un « C’est quand même complexe votre musique… ». Ni une, ni deux, le lendemain ils se retrouvent tous ensemble en version acoustique au studio Alphaville de Colin regorgeant de synthés vintage pour lui montrer que tout est fluide et que la mélodie est au centre du projet.
C’est à peine s’ils en ressortiront, puisque quelques mois plus tard, devenus parisiens, c’est là-même où ils enregistreront (seuls cette fois-ci) ce Powdery Notes qui sent bon le rock & soul. Emmenés par le sautillant et emblématique Parisian Girls, leurs chansons qui voyagent entre le cœur et les jambes sont prêtes à conquérir les… cœurs et les jambes de ceux qui les entendront.
La chaleur et la rondeur de leur musique se parent de mots qui jouent leur rôle à la perfection. Dans la tradition de ses sons venus des 70’s, ils parlent d’amour à leur tour. A quoi bon aborder d’autres sujets quand celui-ci est inépuisable : « Celui qui est, sera ou n’est plus, qui nous habite ou nous a quitté́ ». When Seasons Change et Still You Love Me à propos du pardon et de l’amour inconditionnel; Since I Told You How I Feel parle de trahison, perspectives et dilemmes; All The Words et Spotlight! de l’amour jeune et éphémère; Love Supply des jeux de l’amour.
Mais 2120 n’est pas que musique, énergie, sexyness. C’est aussi une image travaillée, un emballage cadeau élégant. On les imagine déjà cravatés dans leurs costumes de tweed ou de flanelle en plein cagnard lors des festivals d’été et ne surtout pas les enlever par politesse pour leur public (et parce qu’ils sont beaux dedans…). Il suffit de regarder leur pochette pour comprendre que le look est l’un des membres du groupe.
Si en France il y a eu Bijou dans les années 70, ou (en plus fort peut-être) les toujours fringants FFF, ou plus près de nous le duo The Inspector Cluzo, 2120 vient donner un éclairage sur ce son « rock, brut, soul » qui fait du bien aux oreilles de ce côté de l’Atlantique et de la Manche. Les références sont donc claires, et 2120 réussit à les actualiser tout en respectant les « règles » de cette musique qui réveille cet enthousiasme, cette joie qui sommeille en chacun de nous.